Position actuelle  : ACCUEIL >> Ecologie >> texte

Les protecteurs des singes du Yunnan

2017-04-12      Texte de Zhou Jin

 

 

Photographies de Yu Xiangjun

       À l'âge de 64 ans, Yu Jianhua travaille encore comme garde forestier à la réserve naturelle nationale des monts enneigés du Cheval blanc (Baima), dans la préfecture de Deqen de la province du Yunnan. Membre de l'ethnie Lisu, il vivait autrefois de la chasse et de l'agriculture. En 1998, date à laquelle il a rejoint la division de Weixi des gardes forestiers, son attention s’est portée sur la protection des singes à tête noire du Yunnan (rhinopithèques du Yunnan), une espèce en voie d'extinction sous protection étatique de premier rang.   

C’est un missionnaire français qui a découvert l'animal à Deqen dans les années 1880. En 1897, le zoologue français Alphonse Milne-Edwards (1835-1900) en a écrit la première description scientifique et lui a donné le nom de Rhinopithecus bieti. Toutefois, ils étaient si rares que beaucoup ont pensé qu'ils étaient proches de l'extinction. Les zoologues chinois ont commencé à s’y intéresser en 1962, et ont commencé à mener des enquêtes scientifiques à la fin des années 1970.

 

 

 

 

La réserve naturelle nationale monts enneigés du Cheval blanc a été créée en 1983 comme première zone de conservation des singes à tête noire du Yunnan en Chine. Beaucoup ont rejoint les efforts visant à protéger les forêts de la réserve naturelle, y compris Yu Jianhua du village de Xiangguqing, un endroit où l’on trouve un garde forestier dans chaque famille ou presque.

Les singes à tête noire du Yunnan sont des primates qui n'habitent que des zones alpines situées entre 2 500 et 5 000 mètres au-dessus du niveau de la mer. Tous les matins à cinq heures, Yu Jianhua transporte 10 à 15 kg d'aliments, des cacahuètes, des graines de potiron et des lichens le long des sentiers de montagne pour nourrir les singes. Aujourd’hui, beaucoup de singes le connaissent, et certains mangent même dans sa main.

Yu ne rentre chez lui qu'à l’heure du coucher et prend son travail très au sérieux. Parfois, il doit suivre les singes à travers les forêts. Pour atteindre des altitudes plus élevées, il doit traverser le comté voisin. Si cela lui prend trop de temps, il fait sombre, et il ne peut plus rentrer chez lui. Il passe alors la nuit dans un chalet très simple érigé pour les gardes forestiers.

Il se rappelle encore d’un jour d'hiver particulièrement enneigé. Comme d'habitude, il avait préparé la nourriture de la journée et s’était mis en route. Après son départ, cependant, la neige a commencé à tomber de plus en plus fort, et a fini par bloquer tous les sentiers des collines. Il a réussi à faire un feu dans le chalet et a passé quatre jours piégé au milieu des collines avant de pouvoir descendre.

 

 

 

 

Yu Jianhua était autrefois le capitaine de l'équipe de gardes forestiers, qui est passée de quatre membres à vingt-six. Aujourd'hui, il travaille à la station de protection du parc national des singes à tête noire de Tacheng dans le Yunnan, créée en 2009. « Les visiteurs peuvent voir plus de cinquante singes ici », explique-t-il. « Les 400 autres vivent à l'extérieur du parc. Je vais vérifier qu’ils vont bien deux ou trois fois par mois. Avant 2004, il y avait environ 300 singes, mais aujourd'hui, la population est passée à 450 et continue de croître. »

Pourtant, Yu est inquiet. « Les singes sont extrêmement sensibles aux augmentations ou baisses des ressources en eau », explique-t-il. Aujourd'hui, la réserve dans son ensemble est en proie à la sécheresse et les régions aqueuses continuent de diminuer, laissant un habitat moins vaste aux singes. Pire encore, le lichen qui forme la base de leur alimentation devient de plus en plus difficile à trouver. Il y a quelques années, on en trouvait le long des collines à 2 800 mètres d’altitude, mais aujourd'hui, il n’y a plus rien au-dessous de 3 000 mètres.

 

 

 

Son fils de 28 ans, Yu Zhonghua, est plus grand et plus fort. Il y a huit ans, il est rentré au village après avoir travaillé à Lijiang, désireux de rejoindre l'équipe de son père. Aujourd'hui, il dirige seize gardes forestiers qui protègent les animaux dans les zones sous son administration. « En 2015, nous avons installé des caméras infrarouges qui ont capturé des images d'ours noirs, de petits pandas, de macaques et de faisans blancs, des créatures qui apparaissaient uniquement dans les histoires des anciens du village », explique le jeune homme. Le jeune Yu ne cache pas son excitation lorsqu’il évoque ces découvertes.

De toute évidence, il est fier de l'immense dévouement de son père envers les singes. « Ce sont des singes nomades par nature », précise-t-il. « Ils ne restent jamais dans un seul endroit. Ils courent partout dans les montagnes. Je n’arrive jamais à les trouver. Comment mon père fait-il ? »

Yu Zhonghua espère que son père prendra bientôt sa retraite, mais ce dernier veut continuer d’aller nourrir les singes. « Mes émotions sont liées aux singes », admet-il. « Je suis triste si je vois qu’un s’est blessé, je suis ravi de voir des nouveau-nés, et mon cœur se brise lorsque je découvre des malades et des morts. »

 

 

 

 

Le père est clairement une source d'inspiration pour son fils. « Je n’avais pas pensé devenir garde forestier, puis j’ai commencé à apprécier les contributions de mon père », déclaré le jeune Yu. « Maintenant, je ne vois pas ce que je pourrais faire d’autre. »

Les changements qu’il a observés parmi les villageois lui ont apporté de l'espoir. « Les gens mènent une meilleure vie grâce aux politiques ciblées du gouvernement de lutte contre la pauvreté », poursuit-il. « Chaque maison a été équipée d'un chauffe-eau solaire et d'une batterie de cuisine économe, de sorte que les villageois sont plus disposés à contribuer aux campagnes de protection écologique. Dans le passé, ils coupaient des arbres de la réserve naturelle pour construire des maisons et faire du feu. Aujourd'hui, ils sont plus conscients des efforts de protection des forêts, ils rassemblent du bois tombé. »

Les efforts conjoints ont donné lieu à des résultats probants. En 2013, les statistiques des biologistes chinois et français ont montré que la population de singes à tête noire du Yunnan dans la réserve naturelle nationale était passée d'environ un millier en 1983 à 1 800, soit plus de 60 % du total mondial. Le jeune Yu affirme que la différence est visible : « Dans le passé, il fallait parfois une semaine pour trouver des singes, mais aujourd'hui, nous rencontrons fréquemment des groupes plus importants. »

 

 

中国专题图库