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L’appel de la nature

2017-05-10      Texte de Yin Xing


  Photographies fournies par John MacKinnon

Depuis l’obtention de son doctorat en comportement animal, le Britannique John MacKinnon a acquis de nombreux titres : expert en biodiversité, conseiller technique en chef du programme des zones humides du Fonds pour l'environnement mondial (FEM), professeur, photographe, écrivain, cadre de l'ONU et conseiller des décideurs politiques chinois.

Mais le fil conducteur qui lie tous ses travaux est son amour de la nature.



 

Un côté sauvage

Quand il était adolescent et qu’il vivait en pensionnat, John MacKinnon a survécu à un incendie nocturne qui a détruit son école. Depuis cette expérience traumatisante, il a du mal à dormir confortablement et se réveille au moindre bruit. Il a développé une audition très précise, ce qui l'aide toujours à repérer les animaux sauvages plus rapidement que d'autres. « Je ne sais pas si l’incendie est directement lié à mon audition exceptionnelle », reconnaît-il. « J'ai été le premier à remarquer le feu. Mon audition a donc peut-être toujours été fine. Mais je suis heureux qu’il m’arrive aujourd’hui des choses beaucoup plus passionnantes qu'un incendie. »

Ceci n’est pas une plaisanterie : il a été poursuivi par des éléphants à maintes reprises. Il a été attaqué par des ours et des orangs-outans. Il a rencontré des tigres et des léopards. Son petit doigt a été arraché par un sanglier. Selon lui, sa survie est due à sa formation dans les Forces des cadets à l'âge de 12 ans : « C'était une formation de l'armée donnée à l'école. J'ai pris le cours de survie et j'ai appris à vivre dans les montagnes et à trouver de l'eau. »




Les risques ne diminuent pas sa passion pour la nature, ils auraient plutôt tendance à la renforcer. « J'aime être seul en forêt », explique-t-il. « Lorsque l’on est seul et légèrement effrayé, les oreilles et les sens s'élargissent. On parvient à détecter des animaux de plus en plus loin, jusqu'à faire véritablement partie de la forêt. »

Son amour pour les animaux sauvages remonte à son plus jeune âge. Enfant, il préférait les animaux sauvages comme les lézards, les serpents et les aigles aux chiens et chats apprivoisés. À l'âge de 18 ans, il a suivi Jane Goodall dans ses recherches sur les chimpanzés en Afrique. Cette expérience a contribué à développer ses compétences de survie sur le terrain et à le rendre plus à l’aise dans la nature. Il a même appris quelques techniques photographiques du mari de Jane Goodall, qui est photographe pour le National Geographic.




Il est arrivé en Chine en 1986 pour participer à un programme international de protection des pandas, la première campagne de ce genre dans le pays. « À cette époque, le bambou mourait et les pandas géants étaient affamés », se souvient-il. « J'ai été envoyé en Chine par le WWF pour élaborer un plan d’action. Nous avons finalement produit un rapport intitulé Plan directeur pour sauver le panda géant et son habitat, dont j'étais l'auteur principal. »

John MacKinnon se concentre sur l'Asie depuis 1968. Au début des années 1990, tout en travaillant sur un projet parrainé par le WWF et l'UICN dans un village à la frontière du Vietnam et du Laos, il a découvert une espèce de buffle qui n'avait jamais été listé. On lui a donné le nom Saola.

« J’ai été époustouflé de constater qu’à la fin du XXe siècle, un grand mammifère nouveau puisse être découvert », se souvient-il. « C'était incroyablement excitant. » La nouvelle a abasourdi les experts de conservation de la nature à l'époque.

Au cours du siècle dernier, dix nouveaux mammifères seulement ont été découverts dans le monde, dont trois grâce aux efforts de John MacKinnon.



    

L’homme oiseau

Jusqu'à sa publication du Guide des oiseaux de Chine en l’an 2000, son travail pour le Groupe sur la biodiversité du Conseil chinois pour la coopération internationale en matière d'environnement et de développement (CCICED) et en tant que conseiller principal pour les autorités chinoises ne l'avait pas rendu connu du public chinois. Ce livre, le premier de son genre en Chine, a rendu à la mode l'observation des oiseaux dans le pays et est devenu une Bible pour les observateurs d'oiseaux chinois. John MacKinnon compte aujourd’hui des milliers d’admirateurs.

Il a toujours été modeste au sujet de ses contributions à la conservation de la nature en Chine, mais il est heureux du succès rencontré par le livre. « J'ai été particulièrement frappé par le fait qu'il n'y avait pas de bon guide des oiseaux en Chine », explique-t-il. « Il est très difficile pour les jeunes de se lancer dans l'observation des oiseaux. Je ne suis pas un expert dans le domaine, je n'étais probablement pas la meilleure personne pour écrire ce livre. Mais j'étais là et j'étais prêt à l'écrire. » Ses efforts ont été récompensés. « L'intérêt pour les oiseaux en Chine est en augmentation », poursuit-il. « J’en suis heureux. Les gens se préoccupent désormais de la faune sauvage. Cela est une bonne chose pour la Chine. »

Les observateurs d'oiseaux chinois ont surnommé John MacKinnon « l’homme oiseau », car il peut imiter plusieurs chants et parvient facilement à trouver des oiseaux dans un arbre ou dans une forêt. « Les oiseaux vous permettent d’ouvrir une réflexion sur ce qui se passe dans le monde naturel », estime-t-il. « Ils sont les meilleurs indicateurs de l’état sain d'un habitat. »

« La semaine dernière, mon équipe et moi sommes allés dans un endroit où le ruisseau semblait clair, mais il n'y avait pas d'oiseaux autour », poursuit-il. « J'ai déclaré à mon équipe qu'il y avait un problème avec le cours d’eau. Nous avons parcouru quelques endroits et nous avons trouvé une mine d'or. Les gens utilisent des produits chimiques pour extraire l'or du minerai. Cette rivière est ainsi toxique. »

Selon lui, durant la révolution industrielle, les mineurs britanniques attachaient un oiseau en cage à leur ceinture. « Lorsqu'ils voyaient l'oiseau tourner à l'envers, ils sortaient de la mine parce que les oiseaux sont plus sensibles aux gaz toxiques que les humains », raconte-t-il.



 

Le gardien des réserves naturelles

Lorsque John MacKinnon est arrivé pour la première fois en Chine, le pays comptait une centaine de réserves naturelles. « La Chine a créé plusieurs centaines de réserves depuis », note-t-il. « Nous avons établi une base de données sur les 300 premières réserves naturelles. » Malgré ce développement important, la gestion reste à améliorer. « À ce jour, personne ne sait vraiment combien il existe de réserves naturelles, ou où elles se trouvent toutes. Un problème est l'absence de responsable global. Aucune agence en Chine n'a la pleine responsabilité de la conservation de la biodiversité », déplore-t-il.

Après avoir parcouru tant de montagnes et de rivières et vu une faune étonnamment riche en Chine, il est tombé amoureux du pays. Il a visité toutes les grandes et moyennes zones protégées et peut énumérer à peu près toutes les ressources sauvages de la Chine par cœur.

« Il y a deux fois plus d'espèces de plantes en Chine que dans toute l'Amérique du Nord, et environ trois fois plus de plantes qu'en Europe », explique-t-il. « La Chine compte 40 % des espèces de faisans du monde et environ 60 % de la famille des faisans. Le pays compte environ 70 % des pinsons roses de la planète. »

 Son amour pour la Chine inspire encore plus de soucis pour ses problèmes environnementaux. Il souligne qu’au cours du développement de son économie, la Chine doit envisager sa capacité de transport environnementale.

Par exemple, dans la province du Sichuan, les abeilles disparaissent. Les paysans doivent désormais monter sur les pommiers avec une échelle et un pinceau pour fertiliser les fleurs. « Cette situation est ridicule », dit-il. « Les services offerts par la nature sont gratuits. Et maintenant, nous devons employer des gens pour faire le travail des abeilles. Les abeilles meurent à l'échelle mondiale. Quelque chose ne va pas avec notre écosystème. Ce n'est que lorsque la faune se développe que nous pouvons nous être assurés que notre écosystème est sain. »

Au cours des quarante dernières années, en tant que conseiller auprès des autorités chinoises comme le ministère de la Protection de l'environnement, le ministère du Logement et du Développement urbain-rural, l'Académie chinoise des sciences et l'Administration forestière d'État, John MacKinnon a parlé aux responsables chinois comme aux villageois.

« Je suis en Chine depuis longtemps, et je veux changer les choses », explique-t-il. « La Chine est le pays le plus dynamique du monde. Elle change plus rapidement et a un impact plus important sur la planète que n'importe quel autre pays. Si je peux apporter de petites améliorations dans la façon dont la Chine fait les choses, l’impact sera considérable. »

 


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