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La saga du reboisement de Saihanba

2017-10-18      Texte de Li Xia

  

  En 1681, l'empereur Kangxi de la dynastie Qing (1644-1911) a commandé la formation du terrain de chasse de Mulan pour que la famille impériale « fasse preuve de mérite martial, pacifie les États vassaux et organise des événements de chasse ». La vaste étendue de pins était un terrain de chasse impérial apprécié depuis les dynasties Liao (907-1125) et Jin (1115-1234). À environ 400 kilomètres de Beijing, le terrain de Mulan abrite encore des forêts de défense, des pâturages luxuriants et une faune sauvage diverse. La ferme forestière mécanique de Saihanba, dans la province du Hebei, est aujourd’hui à l’emplacement de l’ancien terrain de chasse impérial.

  En 1863, durant la deuxième année du règne de l'empereur Tongzhi, le gouvernement Qing a lancé la première grande campagne d’abattage d’arbres pour résoudre ses problèmes budgétaires. Au cours des 53 années suivantes, près de 10 000 hectares de forêt ont été détruits et transformés en terres agricoles. Au moment de l’effondrement de la dynastie, les forêts, les pâturages et les rivières de la région se sont détériorés et transformés en déserts.

  Beijing y a perdu un bouclier naturel, et les tempêtes de sable venant du plateau de Mongolie intérieure ont commencé à s’abattre sur la capitale chinoise. La ville s’est souvent retrouvée couverte de sable au printemps.

  En 1961, le ministère des Forêts a envoyé un groupe d'experts à Saihanba pour explorer la possibilité d'une reforestation artificielle. La République populaire de Chine n'en était alors qu’à sa douzième année, et l'économie nationale s’efforçait encore de se relever, mais le gouvernement chinois avait bien compris l'importance des forêts et il s'est engagé à créer une ferme forestière d’État pour restaurer la végétation détruite. En février 1962, la ferme forestière mécanique de Saihanba à Chengde, relevant du ministère des Forêts, a été créée, annonçant un nouveau programme de reboisement artificiel d’envergure dans le nord de la Chine et un retour au respect de la nature.

   

  Sacrifices

  La première génération de travailleurs de la ferme forestière de Saihanba a fait des sacrifices extraordinaires pour tenter de réparer les erreurs historiques.

  Aux débuts de la ferme forestière, le ministère des Forêts a mobilisé 127 diplômés de 24 instituts, universités et écoles professionnelles à l'échelle nationale pour renforcer le savoir-faire technique et une équipe spécialisée de 369 membres a été progressivement mise en place.

  Les températures hivernales à Saihanba peuvent descendre à - 40 degrés Celsius, et de fortes chutes de neige coupent parfois la région du monde extérieur. À l’époque, les moyens de transport principaux étaient les chevaux et les charrettes tirées par des bœufs, ce qui signifiait qu’un voyage de 100 km prenait plusieurs jours. Les locaux vivaient dans des maisons de terre ou des tentes, et devaient prendre garde aux loups. En se réveillant le matin, ils trouvaient souvent une fine couche de gel sur leurs sourcils et leurs cheveux.

  « La production avant la vie » était un slogan courant durant les premières années de construction socialiste de la Chine. Saihanba ne faisait pas exception. En dépit de ses rudes conditions naturelles et du niveau de vie très bas, ce principe guidait de nombreuses personnes.

  En 1982, certaines forêts de la région avaient été restaurées. Cependant, ce n’est que récemment que les conditions de vie et d’éducation se sont améliorées de manière visible. Avant les années 1980, les habitants de la ferme forestière n’envoyaient généralement pas leurs enfants à l’université en raison du sous-développement des services éducatifs locaux. « Même la deuxième génération a fait beaucoup de sacrifices », se souvient un travailleur.

  Les catastrophes naturelles sont les pires ennemies des forêts plantées, et elles ont souvent réduit à néant des années d’efforts humains. De nombreux travailleurs se souviennent de la terrible vague de gel du 28 octobre 1977. Après quelques jours de pluie et de basses températures, les arbres étaient couverts d’une épaisse couche de glace, et beaucoup de branches se sont cassées sous ce poids. En 1980, environ 8 000 hectares de forêts ont été perdus en raison de la sécheresse.

  Les feux de forêt constituent une autre menace. La ferme forestière est dotée de neuf tours de prévention des incendies, dont huit sont habitées par des équipes constituées de couples mariés. Dans ces lieux isolés, les couples résistent mieux que les autres à l’isolement extrême. Ces observateurs ont aussi fait d’innombrables sacrifices. Chen Ruijun et sa femme Chu Jingmei travaillent dans l’une de ces tours pendant douze ans, et envoyé des rapports toutes les quinze minutes. La vie y est ennuyeuse et solitaire, surtout pour leur fils de huit ans dont les capacités linguistiques souffrent du manque d’entraînement.

  Le sang, la sueur et les larmes de générations de travailleurs du reboisement ont formé l’esprit de Saihanba qui est salué par la nation.

  

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