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Pêcher dans la mer de Chine méridionale

Pêcher dans la mer de Chine méridionale

2017-03-14      Texte et photographies : Lin Dihuan    

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Sur le territoire en forme de coq qu'est la Chine, la péninsule de Leizhou est comme la trompe d'un éléphant, qui se tend dans la mer de Chine méridionale pour s'y abreuver. Au commencement des littoraux interminables de cette péninsule, se trouve une bourgade qui s'appelle Wuyang.

Dans un pays aussi vaste, la recherche d'une bourgade de « seulement 81 kilomètres carrés » est semblable à une devinette. Même sur les cartes nationales standard, elle n'est pas marquée dans la plupart des cas. Néanmoins, cette bourgade méconnue est bénie des dieux : non seulement elle a vu grandir de nombreux lettrés, elle est également une source abondante de produits. Lin Zhaotang, l'unique Zhuangyuan (sorti premier des examens impériaux de la Chine antique) de l'ouest de Canton, s'y est envolé pour la capitale impériale. Et quant aux pêcheurs locaux, ils bénéficient de génération en génération des « dons » de la mer.

A la différence des autres espaces maritimes, les pêcheurs de Wuyang pêchent avec un grand filet, et dans beaucoup de villages de Wuyang, on dispose souvent d'un filet de pêche commun d'une longueur qui peut atteindre mille mètres.

Pour amener ce grand filet, il faut mobiliser tous les hommes du village. À cinq heures du matin, on sonne déjà la conque, c'est le signal du rassemblement. Les femmes qui doivent préparer à manger pour leur mari se lèvent à quatre heures. Après le petit-déjeuner, les hommes portent le filet de pêche gigantesque, rapiécé la veille par les femmes, en direction de la plage illuminée par les étoiles. Derrière eux, des adolescents prétendent être matures. En ce matin de mise en scène du grand filet, le souffle de la mer est froid et saumâtre. À la frontière entre ciel et l'eau vient se présenter un rayon blanc. Dans le ciel bleu, à l'est, se trouve toujours une étoile brillante, c'est Vénus.

Le filet est tellement grand qu'il peut facilement couvrir toute la plage. Comme les deux adversaires dans une lutte de traction à la corde, les pêcheurs se divisent en deux groupes, prennent chacun un bout du filet aux extrémités de la plage. Une barque à son tour porte le milieu du filet et forme ainsi un demi-cercle. De toutes leurs forces, les pêcheurs des deux extrémités tirent le filet, dans lequel sautent déjà d'innombrables poissons et crustacés.

 

C'est une méthode qui semble facile à opérer alors qu'elle nécessite beaucoup de main-d'œuvre et de temps : un seul dragage avec le grand filet demande une centaine de personnes travaillant pendant plusieurs heures. Mais la pêche repose sur la chance : parfois en abondance, on récolte une grande quantité de produits marins ; parfois c'est une mauvaise récolte, avec seulement quelques kilos de poissons et crevettes. On dit qu'il y a eu une bonne récolte dans un petit village de Wuyang, où on a pris 1,5 tonne de grosses crevettes. Les jours suivants, même les cochons et les poulets qu'élevaient le village en mangeaient. Malheureusement, ce bon temps n'est plus là. A cause de la surpêche dans la mer de Chine méridionale, des navires aux filets aux bordures, les produits marins que l'on pêche diminuent graduellement en quantité et en taille. Dans la plupart des cas, quelques centaines de kilos de produits par filet représentent déjà une bonne récolte.

 

 Le plus souvent, le résultat reste une énigme avant que l'on n'ait relevé son filet. Le relèvement est justement la solution de cette énigme. Avec la prise, les efforts de toute la matinée donnent le bulletin : aux mailles s'accrochent des trichiures, des grosses crevettes sautant, des crabes paniqués, des sèches ne cessant de vomir de l'encre et de transformer sa coloration, des poissons plats qui tentent désespérément de s'enterrer dans le sable, des fugus qui se gonflent comme des ballons, des méduses douillettes mais piquantes, des bummalos tenant un petit poisson dans leur grande bouche, et d'autres sortes de poissons, même un ou deux requins bien féroces.

 

Le relèvement est un moment de concentration, mais aussi de joie. La plage devient animée, les différents poissons sont retriés selon leur taille. Les poissonniers se pressent tout autour. On marchande, négocie, se dispute, et s'entend, avant de peser les marchandises avec une balance colossale… La plage sous les rayons matinaux est remplie de vitalité et d'espoir. Les revenus vont être répartis entre tous les pêcheurs qui ont contribué, parfois plus, parfois moins.

 

Un filet posé revient avec de toutes sortes de poissons et de crustacés, le plus connu et le plus spécial de tous est une sorte de conque précieux, qui ne se trouve qu'à Wuyang. Sa chair est blanche, et la soupe faite avec cette conque est particulièrement douce et délicieuse, on la compare avec la célèbre beauté Xi Shi, et on la nomme « La langue de Xi Shi ». Une légende locale dit qu'un jour, Lin Zhaotang, le fameux Zhuangyuan de Wuyang, tout content après l'avoir goûté, a écrit un poème intitulé « La langue de Xi Shi », dans lequel il exaltait sa succulence et la décrivait comme plus délicieuse que la chair de Saint-Jacques. On n'arrive pas à prouver l'authenticité de cette légende, mais la succulence de cette conque est incontestable. Les Cantonais disent que l'on peut la préparer comme on veut, sans jamais avoir l'impression d'en avoir trop mangé.

 

En fait, la langue de Xi Shi n'est pas le seul trésor de Wuyang. Grâce à la plage plate et à la mer propre et peu profonde, nombre d'animaux aquatiques y vivent et se reproduisent, parmi eux pas mal d'espèces uniques. Le crabe de Zhi Liao, l'un des quatre crabes les plus connus en Chine, tire justement sa réputation de son origine, le village de Zhiliao, à Wuyang.

 

Dans l'éternité, les pécheurs de Wuyang s'efforcent et se démènent comme leurs ancêtres pour une vie meilleure. En posant leur filet de pêche dans la mer, ils récoltent un espoir.

 

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Pêcher dans la mer de Chine méridionale

2017-03-14      Texte et photographies : Lin Dihuan

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Sur le territoire en forme de coq qu'est la Chine, la péninsule de Leizhou est comme la trompe d'un éléphant, qui se tend dans la mer de Chine méridionale pour s'y abreuver. Au commencement des littoraux interminables de cette péninsule, se trouve une bourgade qui s'appelle Wuyang.

Dans un pays aussi vaste, la recherche d'une bourgade de « seulement 81 kilomètres carrés » est semblable à une devinette. Même sur les cartes nationales standard, elle n'est pas marquée dans la plupart des cas. Néanmoins, cette bourgade méconnue est bénie des dieux : non seulement elle a vu grandir de nombreux lettrés, elle est également une source abondante de produits. Lin Zhaotang, l'unique Zhuangyuan (sorti premier des examens impériaux de la Chine antique) de l'ouest de Canton, s'y est envolé pour la capitale impériale. Et quant aux pêcheurs locaux, ils bénéficient de génération en génération des « dons » de la mer.

A la différence des autres espaces maritimes, les pêcheurs de Wuyang pêchent avec un grand filet, et dans beaucoup de villages de Wuyang, on dispose souvent d'un filet de pêche commun d'une longueur qui peut atteindre mille mètres.

Pour amener ce grand filet, il faut mobiliser tous les hommes du village. À cinq heures du matin, on sonne déjà la conque, c'est le signal du rassemblement. Les femmes qui doivent préparer à manger pour leur mari se lèvent à quatre heures. Après le petit-déjeuner, les hommes portent le filet de pêche gigantesque, rapiécé la veille par les femmes, en direction de la plage illuminée par les étoiles. Derrière eux, des adolescents prétendent être matures. En ce matin de mise en scène du grand filet, le souffle de la mer est froid et saumâtre. À la frontière entre ciel et l'eau vient se présenter un rayon blanc. Dans le ciel bleu, à l'est, se trouve toujours une étoile brillante, c'est Vénus.

Le filet est tellement grand qu'il peut facilement couvrir toute la plage. Comme les deux adversaires dans une lutte de traction à la corde, les pêcheurs se divisent en deux groupes, prennent chacun un bout du filet aux extrémités de la plage. Une barque à son tour porte le milieu du filet et forme ainsi un demi-cercle. De toutes leurs forces, les pêcheurs des deux extrémités tirent le filet, dans lequel sautent déjà d'innombrables poissons et crustacés.

 

C'est une méthode qui semble facile à opérer alors qu'elle nécessite beaucoup de main-d'œuvre et de temps : un seul dragage avec le grand filet demande une centaine de personnes travaillant pendant plusieurs heures. Mais la pêche repose sur la chance : parfois en abondance, on récolte une grande quantité de produits marins ; parfois c'est une mauvaise récolte, avec seulement quelques kilos de poissons et crevettes. On dit qu'il y a eu une bonne récolte dans un petit village de Wuyang, où on a pris 1,5 tonne de grosses crevettes. Les jours suivants, même les cochons et les poulets qu'élevaient le village en mangeaient. Malheureusement, ce bon temps n'est plus là. A cause de la surpêche dans la mer de Chine méridionale, des navires aux filets aux bordures, les produits marins que l'on pêche diminuent graduellement en quantité et en taille. Dans la plupart des cas, quelques centaines de kilos de produits par filet représentent déjà une bonne récolte.

 

 Le plus souvent, le résultat reste une énigme avant que l'on n'ait relevé son filet. Le relèvement est justement la solution de cette énigme. Avec la prise, les efforts de toute la matinée donnent le bulletin : aux mailles s'accrochent des trichiures, des grosses crevettes sautant, des crabes paniqués, des sèches ne cessant de vomir de l'encre et de transformer sa coloration, des poissons plats qui tentent désespérément de s'enterrer dans le sable, des fugus qui se gonflent comme des ballons, des méduses douillettes mais piquantes, des bummalos tenant un petit poisson dans leur grande bouche, et d'autres sortes de poissons, même un ou deux requins bien féroces.

 

Le relèvement est un moment de concentration, mais aussi de joie. La plage devient animée, les différents poissons sont retriés selon leur taille. Les poissonniers se pressent tout autour. On marchande, négocie, se dispute, et s'entend, avant de peser les marchandises avec une balance colossale… La plage sous les rayons matinaux est remplie de vitalité et d'espoir. Les revenus vont être répartis entre tous les pêcheurs qui ont contribué, parfois plus, parfois moins.

 

Un filet posé revient avec de toutes sortes de poissons et de crustacés, le plus connu et le plus spécial de tous est une sorte de conque précieux, qui ne se trouve qu'à Wuyang. Sa chair est blanche, et la soupe faite avec cette conque est particulièrement douce et délicieuse, on la compare avec la célèbre beauté Xi Shi, et on la nomme « La langue de Xi Shi ». Une légende locale dit qu'un jour, Lin Zhaotang, le fameux Zhuangyuan de Wuyang, tout content après l'avoir goûté, a écrit un poème intitulé « La langue de Xi Shi », dans lequel il exaltait sa succulence et la décrivait comme plus délicieuse que la chair de Saint-Jacques. On n'arrive pas à prouver l'authenticité de cette légende, mais la succulence de cette conque est incontestable. Les Cantonais disent que l'on peut la préparer comme on veut, sans jamais avoir l'impression d'en avoir trop mangé.

 

En fait, la langue de Xi Shi n'est pas le seul trésor de Wuyang. Grâce à la plage plate et à la mer propre et peu profonde, nombre d'animaux aquatiques y vivent et se reproduisent, parmi eux pas mal d'espèces uniques. Le crabe de Zhi Liao, l'un des quatre crabes les plus connus en Chine, tire justement sa réputation de son origine, le village de Zhiliao, à Wuyang.

 

Dans l'éternité, les pécheurs de Wuyang s'efforcent et se démènent comme leurs ancêtres pour une vie meilleure. En posant leur filet de pêche dans la mer, ils récoltent un espoir.