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Thubten l’artiste (1934 - )

2017-03-14      

 

Édité par Nancy Gong  Photographies fournies par l’Agence Xinhua

Presque tous dans l'opéra tibétain connaissent ce prénom, qui se passe de nom de famille. À 82 ans, la carrière de Thubten a été prolifique : environ 500 représentations, dont beaucoup de ses propres pièces, et de nombreuses campagnes pionnières.

Il a transplanté l'art du dialogue comique et d'autres formes d'art populaire chinois du nord de la Chine au Tibet pour une production de la pièce Le roi Gesar, une épopée de chant et de dialogue aux accents mystérieux du Tibet. On doit aussi à Thubten Les Cieux auspicieux, une comédie musicale du lamaïsme présenté sur scène et sur les écrans. En 2006, il a reçu le quatrième prix des Pivoines de l’opéra chinois pour ses réalisations, la plus haute récompense des artistes d'opéra en Chine.

 

 

 

 

Thubten est né en octobre 1934 à Lhassa. À six ans, il a été envoyé par ses parents au monastère Kundeling, où il a eu la chance d’assister à des pièces d'opéra tibétain et d'autres formes d'opéra traditionnel, y compris Le roi Gesar. Il a commencé à apprendre l'opéra tibétain au monastère à l’âge de 12 ans.

Après la libération pacifique du Tibet en 1951, Thubten a quitté le monastère Kundeling et a rejoint une troupe de jeunes artistes tibétains. Sa première œuvre, Vbrasdkar, une adaptation de la plus ancienne pièce d’opéra tibétain, a été présentée pour le Nouvel An tibétain en 1960. La production a été tellement aimée par le public qu’elle est habituellement rediffusée chaque année au Nouvel An du calendrier tibétain.

 

 

 

 

Thubten est devenu membre de la Troupe de chant et de danse de Lhassa lors de sa création en décembre 1960, pour ouvrir de meilleures opportunités de rendre visite à des artisans folkloriques influents à travers le Tibet et pour améliorer ses compétences.

Un nouveau succès est arrivé lorsqu’il a enrichi le contenu et la forme du dialogue comique, tandis que cet art gagnait en popularité au Tibet. « Je restais longtemps quand un groupe de spectateurs âgés venait me voir pour me serrer la main », dit-il en souriant. Peu après, il a montré ses talents dans d'autres pays, y compris aux États-Unis.

 

 

 

 

L’œuvre dont il est le plus fier est Le roi Gesar. « Personne ne l'avait jamais fait auparavant », affirme-t-il.

Le roi Gesar, qui s’inscrit dans l’héritage héroïque du peuple tibétain, a été salué comme « Homère en Orient ». Le récit reprend la vie du roi, héros légendaire de l'histoire du Tibet, qui a combattu les démons et conjuré les mauvais esprits pour protéger son peuple. « Cela raconte non seulement une histoire héroïque, c’est aussi l’histoire du Tibet ancien », explique Tsering Phuntsog, spécialiste du roi Gesar à l'Académie tibétaine des Sciences sociales.

Depuis des milliers d'années, cette épopée se transmet de génération en génération, en différentes versions. Pour faire connaître ce récit à plus de monde, Thubten est revenu sur tous les détails pendant sa préparation exhaustive. Il a rendu visite à cinq experts avant de présenter sa pièce.

 

 

 

 

Il a consacré encore plus d'énergie aux costumes. Dans le chapitre de bataille, le couvre-chef du roi est décrit comme « assez grand pour contenir quatre continents, un pont, un lac, et 62 montagnes », orné de 35 sortes de bijoux et des plumes de seize oiseaux. « C’est plus qu’un simple chapeau », souligne Thubten. « Cela évoque la sagesse de nos ancêtres et le talent artistique des artistes du plateau Qinghai-Tibet. » Il a décidé de réaliser un chapeau exactement comme la description.

Personne ne pourrait imaginer comment il s’y est pris. Il a fallu près de quatre ans pour trouver toutes les plumes. En quête de perroquets, considérés comme le symbole de la réussite, il a longuement voyagé et a fini par rentrer avec quelques plumes d'un monastère de Lhassa. Un employé du zoo de Norbulingka, également à Lhassa, lui a donné quelques plumes de grue à couronne rouge en cadeau. Les plumes de hibou ont été importées du Népal.

 

 

 

 

Ce n’est que dans les années 1980 que Thubten a présenté sa version parlée et chantée sur scène. Tous les participants ont été impressionnés par cette performance fraiche et brillante, et par les costumes exquis. L'opéra tibétain d’autrefois a connu une nouvelle vigueur.

Sa grande contribution a permis d’ouvrir des portes dans d'autres parties du monde. En 1987, Thubten a été invité au festival international des arts de Londres. Il a ensuite présenté Le roi Gesar en Italie, en Suisse, en Grèce, en Suède et en Norvège.

 

La protection et les progrès créatifs des arts folkloriques tibétains

L’art folklorique tibétain, très divers, est un trésor de la culture traditionnelle chinoise. Depuis sa libération pacifique en 1951, le Tibet a vu l’essor de nombreuses troupes artistiques professionnelles, en particulier dans le chant et la parole, un art utilisé pour les ballades et l'opéra locaux. Les artistes sont toujours prêts à adapter leurs œuvres pour répondre aux goûts locaux. Le dialogue comique tibétain, rendu populaire durant les années 1960, s’inspire de la tradition du nord de la Chine et a été modifié avec l’apport du Vbrasdkar, un art populaire traditionnel du Tibet.

Le Tibet a connu un essor artistique dans les années 1980. En 1980, la Troupe de chant et de danse de Lhassa, la première de son genre sur le toit du monde, a été fondée. En octobre 1989, l’Association des artistes du folklore tibétain a été créée, et comptait en 2013 plus de 80 membres.

L'épopée Le roi Gesar ne serait pas le chef-d'œuvre que nous avons aujourd'hui sans les efforts inlassables de Thubten, ainsi que des centaines de personnes qui ont contribué dans l’ombre. Dans le passé, cet héritage était conservé uniquement dans les mémoires et grâce à la transmission orale. Dans les années 1950, le gouvernement chinois a lancé un vaste programme de collecte de matériaux pour la préservation de ce patrimoine. Près de 300 volumes contenant 120 versions différentes, écrits à la main ou par presse en bois, avaient été trouvés à la fin du XXe siècle. Aujourd'hui, plus de 70 volumes en tibétain ont été publiés, ainsi qu’une vingtaine de volumes en chinois.

 

Xinhua
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