Position actuelle  : ACCUEIL >> Portrait >> texte

Sang Lei, enseignant spécial en zone rurale isolée

2017-04-05      Texte et photographies de Guo Shasha


 

 

« Quand on lève les yeux, on voit les montagnes, et quand on regarde en bas, des montagnes encore », décrit Sang Lei. « Derrière la chaîne montagneuse se dressent d’autres chaînes. » Cet environnement est celui qui abrite l’école élémentaire Wanquan de Pengdang, dans la province du Yunnan. Sang Lei a été spécialement recruté pour y enseigner il y a neuf ans.

Ce jeune homme de l’ethnie Nu né en 1985 dans le comté de Fugong du Yunnan a obtenu à l’âge de 22 ans une licence d’enseignement de l’informatique de l’Université Pu’er. À la sortie de l’université, il a commencé à donner des cours à Pengdan, dans le comté autonome Dulong et Nu de Gongshan.

Les enseignants recrutés spécialement existent depuis longtemps en Chine, mais l’attention portée sur eux s’est accrue ces dernières années. En 2006, la Chine a lancé un programme gouvernemental pour mieux couvrir les zones rurales des régions du centre et de l’ouest en termes de scolarité obligatoire, et pour améliorer la qualité de l’enseignement. En recrutant des diplômés universitaires dans les écoles rurales, le programme a donné naissance au terme « enseignants recrutés spécialement ». En dix ans, plus de 500 000 diplômés comme Sang Lei ont intégré 30 000 écoles rurales dans plus d’un millier de comtés du centre et de l’ouest du pays.

Malgré la taille modeste de l’école élémentaire Wanquan de Pengdan, l’établissement est au centre de la vie des élèves. Certains habitent dans les environs, mais d’autres doivent marcher sept ou huit heures pour aller de chez eux à l’école. Le village de Dimaluo, au fin fond des montagnes, est le plus isolé et le moins accessible du district de la carte scolaire. Comme le trajet est difficile pour les enfants, Sang Lei et les autres enseignants les accompagnent sur le chemin du retour au moment des vacances et des jours fériés.

« Les autoroutes font sortir les enfants des montagnes, mais seule l’éducation est à même de favoriser leur envol », souligne Sang. « Nous avons une très lourde responsabilité en tant que professeurs. »



 

Un changement causé par les enfants

En 2007, quand Sang Lei est arrivé à Pengdang, il était le premier enseignant titulaire d’un diplôme universitaire des écoles élémentaires du canton. En raison du manque de personnel, il enseignait aussi bien le chinois que l’éthique, la musique, que l’art et l’anglais, tout en étant professeur principal d’une classe et directeur du groupe de recherche. La tâche des enseignants ruraux n’est jamais aisée, mais il a voulu faire de chaque jour un jour positif. En neuf ans, il s’est rendu chez de nombreux élèves en traversant les montagnes sur sa moto. Comme ses élèves appartiennent à divers groupes ethniques, il a appris le tibétain et le lisu en autodidacte, afin de pouvoir mieux communiquer avec les parents. Il a fait des appels caritatifs sur internet et a ainsi collecté plus de 10 000 livres grâce aux dons. Il a appris à jouer du tambour et du tambourin pour ses étudiants, car selon lui, « la musique et l’art sont indispensables au développement d’une sensibilité esthétique ».




« Au début, j’avais juste l’intention d’apprendre à enseigner à Pengdang », confie-t-il. « Je savais qu’au bout de trois ans je pourrais passer le concours de la fonction publique, comme le prévoit le programme des enseignants recrutés spécialement. » À son arrivée, il a immédiatement regretté sa décision : « J’ai cherché un cuiseur à riz partout, et je suis rentré les mains vides. Je n’ai rien trouvé d’autre que des nouilles et une sauce à la viande. » Il a appris par la suite que les achats se font le lundi, lorsque divers marchands se rendent jusqu’au canton, et qu’il fallait donc attendre une semaine. « Durant ma première semaine, j’ai mangé des nouilles en sauce pendant trois jours et des nouilles instantanées pendant quatre jours », se souvient-il.

« Pendant un certain temps, je n’attendais que de partir d’ici », admet-il. « Puis j’ai changé d’avis en voyant le rapport de confiance que j’avais construit avec mes élèves. J’ai ressenti un nouveau sens des responsabilités. »

 



Une nouvelle famille

Lorsque la troisième année est arrivée, l’opinion de Sang Lei avait changé du tout au tout.

Un soir, des élèves de CM1 sont venus le chercher. Une fillette était tombée et s’était blessée à la main. Elle était orpheline et vivait avec la famille de son oncle, mais celui-ci était parti travailler au Tibet. Sang Lei s’est occupé d’elle en attendant son retour et l’a conduite à l’hôpital du centre du comté. Le médecin a constaté une fracture qui nécessitait une intervention chirurgicale. Pendant l’opération, la fillette s’est agrippée à la main de Sang Lei et n’a pas prononcé un mot malgré la douleur qui la faisait suer à grosses gouttes.

       Elle lui a ensuite écrit dans une lettre : « Professeur Sang, savez-vous pourquoi je n’ai pas pleuré durant l’opération ? Mon père et ma mère sont partis. Lorsque vous m’avez accompagnée à l’hôpital hier, j’ai eu l’impression que mon père était revenu. Comment aurais-je pu pleurer ? »




       « J’ai soudain réalisé à quel point je compte pour ces enfants », explique-t-il. « Je suis leur seul soutien moral. » Après cette expérience, il a décidé de rester à Pengdang. L’école élémentaire est une pension, ce qui signifie que Sang Lei est devenu comme un membre de la famille de ses élèves. Certains avaient des problèmes d’hygiène parce que leurs parents travaillaient dans des villes lointaines ou tout simplement parce qu’ils étaient trop pauvres. Certains avaient grand besoin d’une coupe de cheveux. Sang leur sert de coiffeur une fois par mois. Ses outils sont des plus simples : une vieille paire de ciseaux et une bâche de plastique. Pour les enfants, le jour de la coupe de cheveux est comme un jour de fête. Ils rient et ils jouent en attendant leur tour.

       Durant le tour de garde nocturne de l’école, un enseignant vérifie que les élèves n’ont pas de fièvre en touchant leur front et demande si l’un d’entre eux se sent mal. Dans beaucoup de régions, notamment dans les zones rurales, les enseignants s’occupent aussi des soins. Sang Lei s’est vite habitué à laisser sa porte ouverte la nuit, comme le font les locaux qui sont humbles et honnêtes, afin que les enfants puissent venir lui demander de l’aide en cas d’urgence.

       « Selon moi, enseigner au cœur des montagnes demande bien plus que de planifier des cours et de corriger des copies », dit-il en souriant. En neuf ans d’enseignement, il s’est pris d’une grande affection pour ses élèves. « Nous sommes ensemble presque tous les jours. Parfois je joue le rôle de nounou, parfois de garde ou encore de docteur. Nous formons en quelque sorte une famille. »

 

中国专题图库