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Dong Qing des deux côtés de la caméra

2017-05-10      Texte de Ru Yuan


 

 

Depuis quelques mois, la personnalité de la télévision Dong Qing est sous les projecteurs dans toute la Chine grâce à sa participation à deux émissions populaires, Concours de poésie chinoise et Lecteurs.

Sa renommée ne s’est toutefois pas bâtie en un jour. Elle travaille dans le secteur de la télévision depuis plus de deux décennies, et elle a gagné le respect et la reconnaissance de ses collègues et des spectateurs. Comme tant de gens l'ont découvert ces derniers mois, cette experte du petit écran s’efforce toujours d’offrir de nouvelles expériences aux spectateurs.



 

La sueur et les larmes

Dong Qing est née dans une famille de professeurs d'université à Shanghai en 1973. Elle considère ses parents comme des « parents tigres », en particulier son père. Il a été rédacteur en chef adjoint d'un quotidien à Jiaxing, dans la province du Zhejiang, et croyait en une éducation traditionnelle et stricte.

« Mon père était très, très strict avec moi », se souvient-elle des années plus tard. À l'âge de sept ans, elle vivait le plus clair de l’année avec ses grands-parents et ne rejoignait ses parents en ville que lorsqu’ils avaient le temps de s’occuper d’elle. Contrairement à de nombreux parents d’enfant unique, son père lui assignait de longues listes de tâches, y compris des tâches ménagères, un jogging matinal d’un kilomètre et des devoirs comme la copie de proverbes, de poèmes et d'essais chinois. « J'ai également reçu une liste de lecture contenant des chefs-d'œuvre comme Jane Eyre, La Dame aux camélias, Guerre et paix et Le Rêve dans le pavillon rouge », ajoute-t-elle. « Mon père m'interrogeait pour s'assurer que je les lisais attentivement. Aujourd'hui, je pense toujours que cette formation est cruelle pour un enfant, mais j'ai grandement profité de l’éducation de mon père, qui a jeté des bases solides pour mes études et mon travail. »




« Nourrir sans enseigner doit être reproché au père », affirme une phrase du Classique des trois caractères utilisé pour enseigner aux enfants chinois les valeurs confucéennes, et soulignant la responsabilité et les obligations des parents dans l'éducation des enfants. Dong Qing a des sentiments mitigés sur ce traitement, mais son père a agi comme la plupart des parents chinois de son temps, montrant de l'amour pour sa fille en la poussant à s’exercer à des tâches qui lui seraient utiles plus tard. Cette méthode éducative est controversée de nos jours, mais elle a produit les résultats souhaités pour des gens comme Dong Qing et certains de ses pairs, considérés comme plus traditionnels et plus réservés que les jeunes générations de talents.

« En y repensant, je suis reconnaissante de tout ce que mon père a fait », admet-elle. « Je n'ai travaillé que pour moi-même. Finalement, tous mes efforts ont été récompensés d'une manière ou d'une autre. »

Après l’obtention de son diplôme de l'Académie professionnelle des arts du Zhejiang en 1994, elle a décroché son premier emploi de présentatrice sur une chaîne provinciale. Depuis, sa carrière s'est développée de manière régulière, malgré les hauts et les bas occasionnels. Deux ans plus tard, sa performance remarquable sur la chaîne du Zhejiang lui a valu l’opportunité de travailler à Shanghai. En 2002, elle a rejoint la Télévision centrale de Chine (CCTV), le grand réseau de chaînes publiques ayant accès à plus d'un milliard de téléspectateurs en Chine. Sur CCTV, son style gracieux et élégant a fait d’elle une personnalité reconnue.



 

Retour sur les bancs d’école

En 2014, au sommet de sa carrière de présentatrice, elle s’est mise en disponibilité pendant un an pour aller étudier à l'Université de Californie du Sud. À ce moment-là, elle avait déjà présenté le Gala de la fête du Printemps, l'un des événements télévisés les plus importants et les plus vus de Chine, neuf années consécutives et avait remporté le Prix du micro d’or, la plus haute récompense pour les présentateurs à la radio et la télévision, en 2001 et 2006.

Sa décision a choqué les fans et même ses collègues. En Chine, des centaines de jeunes ambitieux et talentueux se disputent la poignée d'emplois à la télévision, et les spectateurs ont la mémoire courte.

Mais rien ne pouvait la faire changer d’avis. « Tout le monde doit prendre une certaine distance pour mieux se connaître », affirme-t-elle. « La concurrence est féroce à la télévision, et j'avais vraiment besoin de me ressourcer avec des connaissances complémentaires. Plus je travaillais dans cette industrie, plus j’avais l’impression de devenir ignorante. » Elle voulait apprendre « à mieux communiquer avec les médias modernes à l'ère de la mondialisation » auprès de spécialistes de renommée internationale.

Pour ces raisons, il lui semblait judicieux d’aller étudier aux États-Unis. Depuis la mise en œuvre des politiques de réforme et d'ouverture à la fin des années 1970, la Chine a connu des hauts et des bas dans ses flux d’étudiants à l’international.

Le premier boom d’étudiants à l’étranger a eu lieu à la fin des années 1970 et au début des années 1980. Pour former des professionnels hautement qualifiés pour le développement du pays après la Révolution culturelle (1966-1976), les fonctionnaires et les intellectuels ont été choisis parmi des universités chinoises de renom et des instituts universitaires ou de recherche étatiques, et envoyés étudier dans les pays occidentaux.

La deuxième vague a eu lieu au début du XXIe siècle et est restée stable depuis. Par rapport aux étudiants de la première vague, qui étaient parrainés par le gouvernement et par les milieux universitaires, la deuxième vague est beaucoup plus diversifiée. Grâce à l'environnement actuel de « village mondial », les intellectuels chinois sont encore plus désireux de renforcer leur expertise.

Dong Qing a promis à ses fans qu'elle reviendrait encore meilleure, et c’est ce qu’elle a fait à l'été 2015. « À trente ans, je marchais d’un pas ferme dans le chemin de la vertu », lit-on dans les Entretiens de Confucius. « À quarante ans, j’avais l’intelligence parfaitement éclairée. » Pour Dong qui entrait dans la quarantaine, le chemin semblait plus clair. Elle ne se contentait plus de lire un téléprompteur, elle voulait produire par elle-même.



 

La voie du futur

De la fin du mois de janvier au début du mois de février 2017, elle a présenté les dix épisodes du Concours de poésie chinoise. Deux semaines seulement après cette émission populaire, Lecteurs, un nouveau programme produit et présenté par elle, est arrivé sur les écrans. Cette émission hebdomadaire présente des célébrités et des personnes ordinaires qui lisent à haute voix des extraits de poèmes, d’essais et de livres qu'ils aiment ou qu’ils ont écrits. Les participants partagent des histoires et des expériences de vie et expliquent pourquoi ils sont attirés ou émus par ces passages. Peu de temps après le premier épisode, Lecteurs a obtenu une note élevée sur Douban.com, le site d'évaluation le plus populaire de Chine. Dong Qing a joué un rôle de premier plan dans l’initiative visant à raviver l'enthousiasme pour la littérature en Chine.

Comme tout le reste de sa vie, ce succès n’a pas été si simple. « Mon équipe a passé une année entière à préparer l’émission », explique-t-elle. « Mais cela ne peut pas être simplement attribué à un an de travail acharné, voire deux si l’on y ajoute mon année d’étude. Ce succès est le résultat de mes deux décennies de travail dans l'industrie de la télévision. »

En tant que productrice, Dong Qing a cherché à créer un programme culturel sophistiqué avec une touche personnelle. Elle a soigneusement choisi les invités pour l'épisode pilote de Lecteurs, qui était intitulé Rencontre. Parmi les invités, l'éminent traducteur Xu Yuanchong, âgé de 96 ans, l'acteur Pu Cunxin, le fondateur de Lenovo Liu Chuanzhi et le docteur Jiang Li, qui a sauvé des vies en Afghanistan. « J’ai voulu que les invités transmettent la chaleur d’un livre et l'impact qu'il peut avoir sur l’esprit », dit-elle. Elle a également choisi avec soin les livres adaptés à ses invités. « Je pense toujours aux livres qui m'ont émue. Si l'équipe de production et moi sommes touchés, il y a une chance que cela touche le public. Bien sûr, chaque livre doit correspondre à la personnalité du lecteur. »

Son modèle a été couronné de succès. Le moment fort de l’épisode a été la participation du traducteur chinois Xu Yuanchong, qui a traduit plus de 100 classiques du chinois à l'anglais et au français, et qui en 2014 est devenu le premier traducteur asiatique à gagner le prix Aurora Borealis, le plus grand honneur pour les traducteurs du monde entier. Quand cet homme de 96 ans est revenu sur ses propres expériences littéraires de jeunesse, l’équipe et le public n’ont pu retenir leurs larmes.

« Le passage de présentatrice à productrice a présenté de nombreux défis », admet Dong Qing. « Je ne m’attendais pas à ce que le travail soit si difficile. Pourtant, j'ai insisté pour que nous fassions un programme comme celui-ci, afin de sortir les émissions culturelles de leur image snob et de les rendre plus accessibles aux gens ordinaires. Le succès de l’émission a prouvé qu'il y a une énorme demande pour le culturel en Chine aujourd'hui, j'ai donc encore beaucoup de travail à faire. »

 

 

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