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Les hutongs de Beijing, une ville dans la ville

2017-11-16      Texte et photographies d’Helena Villar Segura    

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  Un vieil homme gare son vélo dans un coin pour acheter un paquet de cigarettes. Tout en allumant une cigarette, il sort son téléphone et scanne le code QR de la boutique en bordure de route pour payer avant de partir.

  

  Un jeune livreur dynamique, téléphone à la main, fait une embardée pour l’éviter puis s'arrête brusquement pour ne pas tomber au milieu d’un groupe d'écolières en uniforme qui rient en mangeant des fruits.

  Au milieu de la rue, une femme souriante sous un énorme parapluie rouge vend des laitues, carottes, oignons, tomates, pommes de terre et beaucoup d'autres légumes que je ne connais pas, des yogourts locaux, de l’eau, de la glace, des oranges, myrtilles, noix de coco, bananes et durians. Je pense à un prochain achat. J'adore les durians.

  Sur la gauche, je vois une jolie petite boutique. Une dame élégante en blanc ouvre la porte vitrée qui déclenche une clochette. À l'intérieur du magasin, tout est blanc aussi. Les murs, la table, la chaise, l'ordinateur, même le chat ! Un fer à repasser, un cadre, des cahiers, des stylos, des vêtements sont à vendre. Les seules exceptions au blanc que je peux trouver sont des cactus verts. Je pense à un autre prochain achat.

  À l'extérieur, une fillette en pantalon fendu court maladroitement en agitant une cuillère, tandis que sa grand-mère suit ses pas en zigzag. Quand l'enfant regarde en arrière en riant, elle se heurte à une rangée de vélos en partage. « Ne pleure pas », lui dis-je. Elle le fait de toute façon, mais oublie rapidement la douleur quand elle voit dix étrangers qui remontent l’allée avec leurs bagages.

  Dans un flash, leur appareil photo capture un groupe de résidents qui bavardent et profitent du ciel bleu. Une voisine rentre chez elle. Elle se retourne et passe la porte avec un bébé. Des personnes âgées à l'entrée d'une auberge de jeunesse en cour carrée discutent, mangent des nouilles et jouent aux échecs chinois dans le labyrinthe des ruelles pékinoises, les hutongs.

  La première fois que je suis arrivée dans la capitale chinoise, je ne pensais pas y revenir un jour. Le monde est si vaste que l’on ne pense généralement pas à visiter deux fois une ville si lointaine. Cette métropole du nord de la Chine a été une surprise : cosmopolite, ancienne et nouvelle, ponctuée de bâtiments historiques, de clubs de danse sur les toits et de pratiquants de tai-chi. Je me suis promenée dans cette ville intéressante, j'ai gravi la Grande Muraille un jour printanier et j'ai laissé la splendeur de la Cité interdite s’emparer de moi. J'ai fait du bateau au Palais d'été, pris des photos du temple du Ciel et rejoint en métro le temple des Lamas. J'ai vu des drapeaux de prières dans le centre-ville. Les guides touristiques m’ont donné encore plus d’éléments sur la culture fascinante.

  À cinq minutes de nombreuses stations de métro modernes du centre-ville se trouvent des ruelles étroites qui abritent non seulement des résidents installés là depuis des générations, mais qui accueillent aussi de nouveaux résidents, pour certains étrangers, des restaurants chics, des salons de thé traditionnels, des toilettes publiques, des vendeurs de raviolis et des bars. Le désordre coexiste avec la belle vie.

  Un quartier de hutongs est une ville à l'intérieur de la ville, une communauté isolée du reste de la capitale, mais située en plein centre de celle-ci. Je suis tombée amoureuse de ces ruelles. Ce sont les rues qui en résultent qui desservent, l'une après l'autre, les lignes adjacentes des résidences en cour carrée, comme un labyrinthe. Les premières ont été construites sous la dynastie des Yuan (1271-1368), et beaucoup d'autres ont émergé durant les dynasties suivantes des Ming (1368-1644) et des Qing (1644-1911). Hutong est d’ailleurs un mot mongol qui signifie puits, car la plupart de ces zones ont été conçues autour d'un puits dans lequel les habitants puisaient au quotidien. Lorsque la Cité interdite a été construite au début du XVe siècle, elle était déjà entourée de ruelles de cours carrées, divisées par classe sociale. Les hauts fonctionnaires et les commerçants riches possédaient généralement les plus grandes cours. Les plus éloignées du centre-ville étaient plus modestes et appartenaient à des artisans, des ouvriers et des marchands. Certaines de ces rues tortueuses restent debout aujourd'hui, et je les ai découvertes lors de mon tout premier voyage en Chine.

  Aujourd’hui, près de cinq ans plus tard, je vis à Beijing. Dès que quelqu'un me rend visite, j'emmène mon invité dans tous les endroits que je peux trouver. Mais quand je suis seule, je me promène dans les rues les plus authentiques de la ville. Un sentiment de calme persiste. D'une certaine manière, le temps ralentit dans ces quartiers. Certains jours, je mange de la nourriture de Singapour, et d'autres jours, je profite de la cuisine du Yunnan servie dans une cour. Si un bon ami vient, nous pouvons partager une cuisse d'agneau cuite au feu de bois et la déguster dans la rue, ou faire une promenade nocturne lorsque tout est fermé. La plupart du temps, je passe mes après-midis dans un restaurant de style tibétain ou dans un café qui joue de la guitare espagnole, où je lis ou j’étudie. À l'extérieur, des grand-mères, des enfants, des chariots de nettoyage et des résidents vont et viennent. Les beaux couchers de soleil illuminent les rues les jours de beau temps. Je les apprécie tous. Dans quelques années, je ne serai plus là. Je prévois déjà que cela me manquera, et tout ce qu'il restera seront des photos et mes souvenirs s’estompant. C'est pourquoi je garde toujours mon appareil photo à portée de main avec un carnet et un stylo à proximité.

  

    

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Les hutongs de Beijing, une ville dans la ville

2017-11-16      Texte et photographies d’Helena Villar Segura

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  Un vieil homme gare son vélo dans un coin pour acheter un paquet de cigarettes. Tout en allumant une cigarette, il sort son téléphone et scanne le code QR de la boutique en bordure de route pour payer avant de partir.

  

  Un jeune livreur dynamique, téléphone à la main, fait une embardée pour l’éviter puis s'arrête brusquement pour ne pas tomber au milieu d’un groupe d'écolières en uniforme qui rient en mangeant des fruits.

  Au milieu de la rue, une femme souriante sous un énorme parapluie rouge vend des laitues, carottes, oignons, tomates, pommes de terre et beaucoup d'autres légumes que je ne connais pas, des yogourts locaux, de l’eau, de la glace, des oranges, myrtilles, noix de coco, bananes et durians. Je pense à un prochain achat. J'adore les durians.

  Sur la gauche, je vois une jolie petite boutique. Une dame élégante en blanc ouvre la porte vitrée qui déclenche une clochette. À l'intérieur du magasin, tout est blanc aussi. Les murs, la table, la chaise, l'ordinateur, même le chat ! Un fer à repasser, un cadre, des cahiers, des stylos, des vêtements sont à vendre. Les seules exceptions au blanc que je peux trouver sont des cactus verts. Je pense à un autre prochain achat.

  À l'extérieur, une fillette en pantalon fendu court maladroitement en agitant une cuillère, tandis que sa grand-mère suit ses pas en zigzag. Quand l'enfant regarde en arrière en riant, elle se heurte à une rangée de vélos en partage. « Ne pleure pas », lui dis-je. Elle le fait de toute façon, mais oublie rapidement la douleur quand elle voit dix étrangers qui remontent l’allée avec leurs bagages.

  Dans un flash, leur appareil photo capture un groupe de résidents qui bavardent et profitent du ciel bleu. Une voisine rentre chez elle. Elle se retourne et passe la porte avec un bébé. Des personnes âgées à l'entrée d'une auberge de jeunesse en cour carrée discutent, mangent des nouilles et jouent aux échecs chinois dans le labyrinthe des ruelles pékinoises, les hutongs.

  La première fois que je suis arrivée dans la capitale chinoise, je ne pensais pas y revenir un jour. Le monde est si vaste que l’on ne pense généralement pas à visiter deux fois une ville si lointaine. Cette métropole du nord de la Chine a été une surprise : cosmopolite, ancienne et nouvelle, ponctuée de bâtiments historiques, de clubs de danse sur les toits et de pratiquants de tai-chi. Je me suis promenée dans cette ville intéressante, j'ai gravi la Grande Muraille un jour printanier et j'ai laissé la splendeur de la Cité interdite s’emparer de moi. J'ai fait du bateau au Palais d'été, pris des photos du temple du Ciel et rejoint en métro le temple des Lamas. J'ai vu des drapeaux de prières dans le centre-ville. Les guides touristiques m’ont donné encore plus d’éléments sur la culture fascinante.

  À cinq minutes de nombreuses stations de métro modernes du centre-ville se trouvent des ruelles étroites qui abritent non seulement des résidents installés là depuis des générations, mais qui accueillent aussi de nouveaux résidents, pour certains étrangers, des restaurants chics, des salons de thé traditionnels, des toilettes publiques, des vendeurs de raviolis et des bars. Le désordre coexiste avec la belle vie.

  Un quartier de hutongs est une ville à l'intérieur de la ville, une communauté isolée du reste de la capitale, mais située en plein centre de celle-ci. Je suis tombée amoureuse de ces ruelles. Ce sont les rues qui en résultent qui desservent, l'une après l'autre, les lignes adjacentes des résidences en cour carrée, comme un labyrinthe. Les premières ont été construites sous la dynastie des Yuan (1271-1368), et beaucoup d'autres ont émergé durant les dynasties suivantes des Ming (1368-1644) et des Qing (1644-1911). Hutong est d’ailleurs un mot mongol qui signifie puits, car la plupart de ces zones ont été conçues autour d'un puits dans lequel les habitants puisaient au quotidien. Lorsque la Cité interdite a été construite au début du XVe siècle, elle était déjà entourée de ruelles de cours carrées, divisées par classe sociale. Les hauts fonctionnaires et les commerçants riches possédaient généralement les plus grandes cours. Les plus éloignées du centre-ville étaient plus modestes et appartenaient à des artisans, des ouvriers et des marchands. Certaines de ces rues tortueuses restent debout aujourd'hui, et je les ai découvertes lors de mon tout premier voyage en Chine.

  Aujourd’hui, près de cinq ans plus tard, je vis à Beijing. Dès que quelqu'un me rend visite, j'emmène mon invité dans tous les endroits que je peux trouver. Mais quand je suis seule, je me promène dans les rues les plus authentiques de la ville. Un sentiment de calme persiste. D'une certaine manière, le temps ralentit dans ces quartiers. Certains jours, je mange de la nourriture de Singapour, et d'autres jours, je profite de la cuisine du Yunnan servie dans une cour. Si un bon ami vient, nous pouvons partager une cuisse d'agneau cuite au feu de bois et la déguster dans la rue, ou faire une promenade nocturne lorsque tout est fermé. La plupart du temps, je passe mes après-midis dans un restaurant de style tibétain ou dans un café qui joue de la guitare espagnole, où je lis ou j’étudie. À l'extérieur, des grand-mères, des enfants, des chariots de nettoyage et des résidents vont et viennent. Les beaux couchers de soleil illuminent les rues les jours de beau temps. Je les apprécie tous. Dans quelques années, je ne serai plus là. Je prévois déjà que cela me manquera, et tout ce qu'il restera seront des photos et mes souvenirs s’estompant. C'est pourquoi je garde toujours mon appareil photo à portée de main avec un carnet et un stylo à proximité.