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Le protecteur des grues

2017-03-14      Texte de Qian Ye

 

La réserve naturelle nationale de Longbao se trouve dans la préfecture de Yushu, dans la province du Qinghai qui est située dans le nord-ouest de la Chine, à 4200 mètres d’altitude. C'est l'une des plus hautes terres humides alpines de la planète et c’est l’habitat de grues à col noir. Les étés y sont courts, juste assez longs pour que les oiseaux pondent et que les œufs aient le temps d’éclore avant la migration hivernale.

Depuis trois décennies, Phurbu prend soin de ces grues dans les zones humides de Longbao.

 

 

 

 

 

L’ami des oiseaux

Originaire du comté de Chindu, dans la préfecture de Yushu, Phurbu a quitté son village à l'âge de 16 ans pour aller au collège de Xining, où il s'est spécialisé dans l'éducation physique. Après l'obtention de son diplôme, il a failli rejoindre la troupe d'art provinciale, mais sa famille a insisté pour qu'il accepte l’offre d’emploi d'un département local responsable de l'agriculture et de l'élevage près de chez lui. Deux ans plus tard, il s'est porté volontaire pour s'occuper des grues à col noir dans la réserve naturelle en raison du manque d'aide. « Je suis né pour être un ami des oiseaux », dit-il en souriant. « J’ai la chance de pouvoir souvent les admirer et les prendre en photo. Si je contribue en plus à leur protection, c'est encore mieux. »

La vie était dure, avec une seule rangée de maisons couvertes de tuiles, sans électricité, ni eau courante. Phurbu était fier d'accepter le défi et de rejoindre le premier groupe de gardes-grues aux côtés d'autres Tibétains des environs. Peu importent les forts rayons ultraviolets, les grandes fluctuations de température et les conditions de vie difficiles. Les légumes étant une denrée rare, il se nourrissait de nouilles sautées, de thé au beurre et de viande de yack séchée. Les pommes de terre étaient précieusement gardées pour les occasions spéciales. Sa ronde était si exigeante que pendant plusieurs mois, il pouvait à peine à trouver rentrer chez lui pour se changer.

 

 

 

 

« Tout ce que je veux après ma ronde autour du lac, c'est prendre un repas chaud et aller me coucher », explique-t-il. Sa famille lui manque. « Je me sens coupable de passer si peu de temps avec ma famille. J'ai à peine eu le temps de prendre mon fils dans mes bras, je ne suis pas là pour l’élever », regrette-t-il.

Il a épuisé deux motos avec son long trajet entre le travail et son domicile. Un aller simple à travers les routes de montagne bosselées prend trois heures. « Je reçois de maigres subventions pour le gaz et la nourriture », explique-t-il.

Lorsqu’on lui demande comment il a réussi à vivre ainsi pendant près de trente ans, il répond : « Les gens disent que je suis devenu l’un de ces oiseaux. » Il allume une cigarette et son regard s’égare à l’horizon.

 

 

 

 

Repos parmi les grues

La réserve naturelle s'étend sur 100 kilomètres carrés de pergélisol. En été, les communautés de carex arrivent, fournissant aux grues leurs aliments préférés, kobresia, pédiculaires verticillées et dicotylédones au bord du lac, ainsi que de la vergerette et de la catabrosa dans l'eau. De la mi-mai au début juillet, ces oiseaux migrateurs se reproduisent. Pendant cette période, ils sont souvent menacés par des prédateurs tels que les léopards des neiges, les loups et les renards. C'est à ce moment qu’ils ont besoin de la plus grande protection.

Phurbu et son collègue dressent une tente sur un petit îlot, à environ un kilomètre au sud du poste de contrôle, et dorment juste à côté des oiseaux. Chaque soir, ils passent une heure à traverser le lac avec la tente et les couvertures sur la tête pour atteindre l'îlot où ils passeront la nuit.

 

 

 

 

La grande différence de température entre le jour et la nuit rend leur mission encore plus difficile. Quand la nuit tombe et la température descend au-dessous de zéro, ils craignent les tempêtes de grêle. Les piqûres de moustiques sont inévitables. La nuit est silencieuse à l’exception des cris des oies à tête barrée et des grues à col noir. En véritable expert, Phurbu est capable d’identifier les prédateurs en entendant les cris qui diffèrent pour les humais ou pour les renards roux. « Quand un braconnier attaque, les oies giguent ensemble et les grues à col noir ont un cri fort et clair en continu », explique-t-il.

Il tente d’empêcher les vols d’œufs. La plupart finissent par les laisser en paix.

Il s’est blessé aux pieds un nombre incalculable de fois en marchant dans la tourbe tout l'été, et il souffre aujourd’hui d’arthrite avancée. Il y a deux ans, heureusement, le Fonds mondial pour la nature a financé l'installation de caméras dans la tourbe pour qu’il n'ait plus à patrouiller la nuit.

 

 

 

 

La splendeur de vivre

La réserve naturelle nationale de Longbao a été créée en 1986, date à laquelle la population de grues à col noir était de 22 individus. La dernière étude montre que leur nombre atteint aujourd’hui 216, soit un quart du total mondial. La réserve de Longbao a été intégrée à un projet visant à protéger l’écosystème des zones de conservation autour des sources des trois grands fleuves de Chine, le Yangtsé, le fleuve Jaune et le Mékong. C'est une bonne nouvelle pour la protection des grues menacées.

Phurbu et son collègue se réveillent tous les jours à sept heures pour patrouiller en voiture autour du lac. Ils déjeunent avec un berger, boivent une tasse de thé au beurre et continuent leur ronde autour d'un périmètre étendu, comptant les oiseaux dans sept zones de protection. Phurbu retourne au poste de contrôle et de protection vers vingt heures. Il prend des notes sur sa ronde, analyse l'emplacement des oiseaux, boit du vin d'orge avec du bœuf séché et se couche.

Après près de trente ans de dévouement, Phurbu est maintenant directeur adjoint de la réserve naturelle, ce qui élève son statut auprès des éleveurs voisins, qui pour la plupart ne comprennent toujours pas sa motivation. Pour eux, ces animaux ne sont que quelques oiseaux et leurs œufs.

Les choses sont tout à fait différentes pour Phurbu : la garde de cette parcelle de terrain fait partie de sa vie. Certains l’encouragent à prendre sa retraite, mais il ne veut pas abandonner les 100 kilomètres carrés de zone humide et ses espoirs. Sa vie semblerait vide sans le son des grues à col noir à la saison des amours.

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