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Le Xishuangbanna au secours des éléphants

2017-04-05      Texte et photographies de Jia Daitengfei


Au cœur de la préfecture autonome Dai se trouve la réserve naturelle nationale du Xishuangbanna, dans le sud de la province du Yunnan. Malgré sa superficie relativement limitée de 250 000 hectares, la réserve abrite un quart des espèces animales sauvages de Chine et un cinquième des espèces de flore sauvage. La réserve naturelle est chaude, humide et pluvieuse toute l'année, ce qui donne à la région une immense biodiversité et en fait la forêt tropicale la mieux préservée de Chine à une latitude et une altitude relativement élevées.

De nombreux animaux rares vivent dans cette forêt, mais l'éléphant sauvage d'Asie est l'espèce la plus célèbre. Il a même donné au Xishuangbanna le surnom de « préfecture des éléphants » en Chine ancienne. Aujourd'hui, les deux principales espèces d'éléphants du monde se distinguent par leur continent d’origine, l'Asie et l'Afrique. Avec une population sauvage estimée entre 30 000 et 50 000 animaux, l'éléphant d'Asie est réparti dans 13 pays asiatiques, dont la Chine. Les statistiques montrent qu'environ 300 éléphants sauvages d'Asie vivaient en Chine en 2015. 250 d’entre eux étaient au Xishuangbanna. La vallée sauvage des éléphants, un point scénique de la réserve naturelle nationale du Xishuangbanna, en abrite environ 70.



 

Observation et protection

Un jour ordinaire de juillet 2016, il faisait une chaleur étouffante malgré les arbres touffus qui nous protégeaient des rayons directs du soleil. La lumière filtrait à travers les branches et les feuilles.

« Ne faites pas de bruit », a murmuré Yan Hanlu, chef du Centre asiatique d'observation et de protection.

Il nous a montré du doigt un groupe d'éléphants en train de se détendre et de boire dans la rivière, à seulement vingt mètres de nous.

Il a rapidement griffonné une note. « À 11 h 30, 26 éléphants sauvages d'Asie ont été repérés : un mâle adulte, cinq mâles adolescents, quatre éléphanteaux, dix femelles adultes et six adolescentes. » Dans sa joie d’avoir aperçu un si grand groupe, il écrivait de manière particulièrement illisible.

La Vallée des éléphants sauvages, située dans la section Mengyangzi de la réserve, a lancé de premiers efforts pour protéger l'éléphant sauvage d'Asie à la fin des années 1980. Les agences gouvernementales ont ensuite commencé à placer du sel sur les berges fréquentées par les éléphants. Les éléphants sauvages ont besoin de sel et d'autres minéraux qui sont souvent difficiles à trouver dans leur environnement naturel.




En 1991, le Bureau de la conservation de la nature au Xishuangbanna a créé des postes d'observation dans la vallée pour effectuer des observations scientifiques. Plus tard, lorsque la vallée est devenue un parc forestier pour l'observation des éléphants sauvages, l'élevage et la recherche, de nombreux organismes impliqués dans la protection des éléphants sont arrivés sur place. Le Centre d'observation et de protection de l'éléphant d'Asie, créé en juin 2005, en fait partie. Le travail de Yan Hanlu et de ses collègues comprend le suivi et la surveillance des troupeaux d'éléphants sauvages, ainsi que le lancement d’alertes aux touristes. « Beaucoup de touristes veulent s’approcher le plus possible des éléphants », a-t-il remarqué. « Nous sommes non seulement responsables de leur sécurité, mais aussi de la préservation de l’habitat des éléphants. Aucune activité humaine ne doit venir perturber leurs habitudes. »



 

Reproduction et soins

À côté du Centre d'observation et de protection de l'éléphant d'Asie, le Centre d'élevage et de sauvetage des éléphants d'Asie s’est aussi installé dans la vallée.

Le vétérinaire Bao Mingwei est connu pour son habileté à administrer des anesthésiques en les soufflant à travers une sarbacane. Il peut ainsi endormir un éléphant sauvage asiatique à une distance de dix mètres, afin que les spécialistes puissent le soigner. En 2007, Bao et ses collègues ont trouvé une femelle adulte malade dans la nature, qu'ils ont appelée Ping Ping. Elle avait contracté une infection répandue au niveau de la hanche et la mort semblait inévitable. Afin de ne pas être attaqués par les membres de son troupeau, Bao et ses collègues ont endormi Ping Ping à la sarbacane et l'ont immédiatement traitée sur place. En deux semaines, ils avaient mis en œuvre un plan de traitement et l’avaient opérée.

En plus des soins aux blessés, le centre de reproduction et de sauvetage a secouru quatre éléphants qui avaient été utilisés pour la contrebande de drogues. Ils ont été saisis par les agents de contrôle aux frontières. « Des trafiquants étrangers leur avaient fait ingérer des drogues pour leur faire traverser la frontière », a expliqué un représentant du centre. « Les quatre éléphants ont été envoyés sur l’île de Hainan pour leur convalescence, avant d'être ramenés au Xishuangbanna. » Durant leur séjour au centre, les employés ont accompagné au quotidien les quatre éléphants dans la forêt pour chercher de la nourriture, avec d'autres éléphants. « Nous ne pouvions pas les enfermer », ajoute Bao. « Ils ont besoin d’un temps sous supervision dans leur environnement naturel avant d’être prêts à survivre seuls dans la nature. »

 



Un long chemin à faire

Les éléphants d'Asie font face depuis des années aux mêmes menaces que leurs congénères dans le monde : l’activité humaine et le commerce de l'ivoire.

Le développement humain empiète constamment sur l'habitat de l'éléphant, les forcant à se retrancher dans les forêts. Le problème est aggravé par le rétrécissement progressif des forêts tropicales qui oblige les éléphants à s'aventurer hors des forêts en quête de nourriture, dans des zones habitées par des humains.

Malgré les efforts internationaux déployés pour y mettre fin, le commerce de l'ivoire reste très répandu à l'échelle mondiale et a causé un grave déséquilibre entre les sexes. Il a même eu un impact sur la génétique de l'animal. Dans un renversement de la « survie des plus aptes » théorisée par Darwin, les éléphants mâles adultes avec les plus belles défenses sont les plus menacés. Comme les mâles adultes arborant de petites défenses ou même dépourvus de défenses survivent plus facilement, le gène de la défense dominante disparaît peu à peu. À l'heure actuelle, cette pression externe se traduit par l'absence des incisives iconiques sur au moins la moitié de la population mondiale d'éléphants d'Asie. La répartition des sexes en est aujourd’hui à 1 mâle pour 12 femelles.

Les éléphants d'Asie ont environ la même espérance de vie que les humains et cessent de croître à environ 30 ans. Comme les humains, les femelles donnent généralement naissance à un seul petit par grossesse. Les jeunes éléphants atteignent la maturité sexuelle à l’adolescence. Ce long cycle de vie rend les menaces à la population de l'espèce encore plus difficiles à affronter.

Depuis des années, la réserve naturelle nationale du Xishuangbanna fait des efforts considérables pour préserver les éléphants sauvages d'Asie. Pour réduire les conflits entre humains et éléphants, la réserve naturelle a réduit les plantations traditionnelles de caoutchouc en développant des forêts commerciales de bois d'agar et a lancé des projets tels que des ceintures d'isolement biologique et des bases d'alimentation pour les éléphants. En outre, un vaste réseau d'observation d’éléphants sauvages a été mis en place. Plus de quarante points d'observation ont été installés dans la réserve naturelle. Les professionnels identifient et suivent les éléphants et recueillent des données.

En complément des strictes interdictions internationales sur le braconnage et le commerce de l'ivoire, la réserve naturelle participe à une vaste coopération internationale. De grandes zones de protection des éléphants ont été désignées le long des zones frontalières. En 2015, la Chine et le Laos avaient conjointement désigné cinq zones de protection couvrant une superficie de 200 000 hectares.

 

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