Position actuelle  : ACCUEIL >> Tourisme >> texte

Place à la nature dans l’éducation

2017-04-05      Texte de Yin Xing


                                                                                                                              Photographies fournies par l’école Fongaia


En 2005, l'écrivain américain Richard Louv a créé le concept de « trouble du déficit de nature » dans son livre Last Child in the Woods. Ceux qui en souffrent ne sont pas physiologiquement malades, mais ils sont si éloignés de la nature qu'ils développent des problèmes comportementaux et psychologiques. Selon Louv, une éducation naturelle doit pouvoir résoudre le problème.

Ces dernières années, l'éducation naturelle est encouragée en Chine. À ses débuts, elle s'appuyait fortement sur le concept d’état naturel de Jean-Jacques Rousseau, qui met l’accent sur la liberté. De nos jours, en réaction aux problèmes environnementaux de plus en plus graves, l'éducation naturelle s’attache à la coexistence de l’homme et de la nature et à une meilleure protection écologique. L'éducation naturelle contemporaine favorise non seulement l'éducation dans la nature, mais aussi sur et pour la nature.

« Les lucioles illuminent mon chemin vers la lune », a écrit Li Muhe, une élève de dix ans à l'école Fongaia. « Muhe préférait rester à la maison et lire », révèle sa mère. « Aujourd’hui, elle aime aller dans la nature et trouve de la beauté dans tout ce qu'elle voit. » Gaïa, la déesse de la Terre dans la mythologie grecque, a inspiré le nom de l'école Fongaia. Fondée en 2014, cette école d'éducation naturelle est affiliée à l’ONG environnementale Friends of Nature. La principale adjointe de l'école, Zhang Meng, ou « blé d'hiver » comme on l’appelle à l’établissement (où chacun adopte le nom d'une plante ou d’un animal), a accordé une interview exclusive à China Pictorial sur l'éducation naturelle en Chine.



 

China Pictorial (CP) : Vous êtes membre fondatrice de l'école Fongaia, qu’est-ce qui vous a amené à décider d’ouvrir une école d'éducation naturelle ?

Zhang Meng : Je faisais du bénévolat pour Friends of Nature sur des projets liés à l'éducation naturelle. Mais en l’absence de financement constant, nous ne pouvions pas mener de projets de long terme. En 2013, j'ai eu l'occasion de visiter certaines écoles japonaises d'éducation naturelle. Le Japon a plus de trente ans d'expérience dans l'éducation naturelle et compte environ 4 000 écoles de la nature. Par rapport à nous, ils ont déjà un système mature et durable.

J’enseignais auparavant dans un collège. J'ai toujours été convaincue que l'éducation pouvait faire changer les gens et les aider à grandir. Je fais du bénévolat depuis quatre ans, j'ai participé à de nombreuses activités et je suis devenue plus connectée à la nature, cela m'a beaucoup changée et a rendu ma vie meilleure. Je savais que je pouvais mener un tel projet à bien. C’est pourquoi en 2014, j'ai décidé d'établir l'école Fongaia.



 

CP : Pensez-vous que de nombreux enfants chinois souffrent d’un « trouble du déficit de nature » ?

Zhang : Je pense que c'est évident, et cela ne concerne pas seulement les enfants urbains. Il y a quelques jours, une enseignante de village est venue visiter notre école. Elle nous a dit que quand son fils a vu le blé d'hiver florissant, il a dit : « La ciboule pousse bien ». Le déficit de nature va plus loin qu’un simple manque de connaissances sur la nature. Cela implique une capacité à sentir et comprendre la nature. Quand nous étions enfants, nous passions beaucoup de temps dans la nature et nous établissions un lien magique avec elle. Nous savions que lorsque nous étions tristes et en colère, nous pouvions toujours y obtenir du réconfort. Mais aujourd’hui, beaucoup de gens ne trouvent plus de consolation dans la nature, enfants comme adultes. Ils ressentent de l’anxiété quand ils sont dans la nature. Ils la trouvent sale, ils ont peur des insectes. Ils ne savent pas comment interagir avec la nature pour ressentir du bonheur et de la force. Les humains font partie de la nature. L'éducation naturelle s’intéresse non seulement aux relations entre l'homme et la nature, mais aussi aux relations interpersonnelles et au développement personnel.



 

CP : Quelles sont les raisons de cette déconnexion ?

Zhang : Premièrement, nous ne faisons l’expérience de la nature que de manière fragmentée. Quand nous voyons une table, nous savons qu'elle est faite de bois, mais nous ne savons pas nécessairement d'où vient le bois. Nous ouvrons un robinet et l'eau coule, mais nous ne nous soucions pas d'où elle vient. Nous jetons des ordures et elles disparaissent, sans que nous sachions où elles vont. Nous ne savons pas d'où vient notre nourriture. Nos attitudes envers la nature sont fragmentées. Deuxièmement, les enfants manquent de liberté. Leur emploi du temps est décidé par leurs parents et rempli de toutes sortes de cours. Lorsque les enfants sont exposés à la nature, les parents s’inquiètent avant tout de l'hygiène et de la sécurité. Nous encourageons les gens à retourner vers la nature, à redonner leur enfance aux enfants et à apprendre du quotidien. Troisièmement, les valeurs sociales sont trop matérialistes. Presque tous les parents veulent que leurs enfants intègrent une université de renom, trouvent un emploi stable et vivent une vie aisée. Cela est devenu le but standard dans la vie. Mais peu de gens pensent aux choses profondes ou à la valeur de la vie. Par exemple, lorsqu'ils posent des questions au sujet de nos cours, de nombreux parents demandent : « Qu'est-ce que mon fils apprendra ? » ou encore « Quel genre de compétences bâtira-t-il ? » Et ils s'attendent à ce que leurs enfants apprennent vite. Une vraie éducation naturelle n'enseigne pas les noms des plantes et des animaux. Certains enfants peuvent mémoriser un atlas complet d'insectes, mais ils ne comprennent pas vraiment l'importance de ces créatures sur la planète. Si quelqu’un manque d'empathie, de sentiments et de passion pour la nature, toute la connaissance du monde est inutile. La proximité avec la nature complète la relation cognitive avec le monde et renforce l'esprit d’exploration tout en suscitant un intérêt pour l'apprentissage. C'est là que réside sa valeur.



 

CP : Où en est l’éducation naturelle en Chine ? Quels sont les obstacles à franchir ?

Zhang : Ces dernières années, l'éducation naturelle s'est développée rapidement. De nombreuses organisations sont apparues dans les grandes et moyennes villes. Beaucoup de gens s’y intéressent, comme on le voit dans le nombre croissant d’inscriptions à nos cours de formation pour devenir guide de la nature. Au début, il était difficile de trouver des étudiants, alors qu’aujourd’hui les gens se battent pour obtenir une place. Travailler en tant que guide de la nature n'est pas une profession très bien rémunérée. Mais ceux qui s’y investissent comprennent la valeur de l'éducation naturelle, c’est un signe que les valeurs sociales se diversifient. Certains manuels couvrent l'éducation naturelle et certaines écoles ont créé leurs propres jardins pour planter des légumes et des fleurs.

Lorsque l'éducation naturelle est mentionnée, la plupart des gens pensent que cela est pour les enfants. Mais ce sont les adultes qui en ont le plus besoin. Nous insistons sur une éducation qui réunisse les parents et les enfants, parce que les enfants sont plus sensibles à la nature que les adultes. Cependant, quand les enfants rentrent à la maison, avec l’influence de leurs parents, ils reviennent rapidement à leurs habitudes. Cibler les parents rend le processus plus lent. Dans l'éducation naturelle, c’est la nature elle-même qui enseigne, avec une sagesse infinie. Chacun d'entre nous devrait essayer de comprendre le monde qui nous entoure et comprendre autrui, et la nature facilite la communication.

 

中国专题图库