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La photographie documentaire, témoin de l’évolution de la Chine

2017-03-13      

 Texte de Bao Kun, photos de l’Association des photographes de Chine La plupart des photos présentées ici ont été sélectionnées parmi les lauréates de la catégorie de photographie documentaire du Golden Statue Award de photographie chinoise. Parrainé conjointement par la Fédération chinoise des cercles littéraires et artistiques et l’Association des photographes de Chine, ce prix a été créé en 1989 et reste la plus haute récompense du milieu de la photographie en Chine. Il a été accordé onze fois à ce jour.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Depuis que la photographie est arrivée en Chine, les habitudes ont évolué, qu’il s’agisse de photos de famille ou d’identité, de photographie en studio, ou enfin de photographie d’actualité. Il a fallu attendre la fin des années 1980 pour que la photographie documentaire se généralise dans le pays.

Après 1976, la Chine a connu une vague d'émancipation idéologique et des philosophies pan-artistiques sont devenues populaires auprès de nombreux groupes représentés par l’Association photographique d’avril de Beijing. En 1979, l'association a organisé la première exposition de photographie non politique, intitulée « Nature, société, individus ». Les membres de l’association Li Xiaobin et Jin Bohong sont considérés comme des pionniers de la photographie documentaire en Chine. Ils ont été les premiers à voir la valeur de ce segment et à faire sa promotion. Au début des années 1980, l’ère de réforme et d'ouverture a apporté des changements sans précédent à la politique, à l'économie, à la culture et aux modes de vie en Chine. Li et Jin ont ressenti ces changements et ont braqué leur objectif sur les transformations époustouflantes, capturant des images précieuses de cette période et faisant connaître au public la photographie documentaire.

 

 

 

 

 

 

Après eux, Hou Dengke et Hu Wugong dans la province du Shaanxi, ainsi qu’An Ge dans la province du Guangdong ont commencé à documenter leurs villes natales respectives. Hou et Hu se sont concentrés sur la vie des locaux dans le Shaanxi, alors qu'An Ge a utilisé son objectif pour documenter les énormes changements économiques et culturels qui se sont produits dans le Guangdong, au premier plan de la réforme et de l’ouverture du pays.Par la suite, Song Xianmin, qui travaillait à l’époque pour l’Association des photographes de Chine, a commencé à photographier les gens ordinaires dans sa ville natale de la province du Henan. Ses photos ont été publiées en 1985 dans un recueil intitulé Les gens du fleuve Jaune. Ce livre, qui comprend des représentations des modes de vie les plus typiques de la Chine centrale, a fait de Song une icône de la photographie documentaire chinoise. Ces photographes exceptionnelles ont immortalisé la Chine des années 1980, l'une des périodes les plus significatives de l'histoire contemporaine chinoise. À l'époque, cependant, le concept de photographie documentaire était encore inconnu de la plupart des Chinois, qui associaient encore ces images à de la photographie d'actualité ou de réalisme.

 

 

 

 

 

 

Le terme de photographie documentaire était déjà apparu dans le magazine International Photography qui circulait dans la partie continentale de la Chine en 1981, mais peu comprenaient ce que cela signifiait. En 1988, lorsque Xiao Xushan, professeur au département de journalisme de l'Université Renmin, est revenue des États-Unis, elle a publié trois articles présentant l'histoire et la situation de la photographie documentaire occidentale, ce qui a inspiré de nombreux jeunes photographes chinois. La photographie documentaire a commencé à former des sous-courants en Chine.

En 1986, le sujet s’est révélé populaire lors de l'exposition « Une décennie instantanée » au Salon de photographie moderne de Beijing, en montrant les changements survenus en Chine au cours de la décennie qui a suivi la Révolution culturelle (1966-1976). Mais là encore, l'exposition était vue comme de la photographie d'actualité. Deux ans plus tard, le groupe des photographes du Shaanxi, dirigé par Hu Wugong et Hou Dengke, a organisé une exposition à grande échelle intitulée « Cours ardu », avec des photos de la Révolution culturelle rappelant cette décennie chaotique. L'étendue et la profondeur de l'exposition ont marqué un point culminant de l'histoire de la photographie en Chine.

 

 

 

 

 

 

« Les individus sont le premier facteur de l'histoire et le centre de la photographie », affirmait la préface de l'exposition. « Notre nation s’est extirpée des difficultés et est tombée dans l'extase, endurant en alternance des hauts et des bas, à la naissance du riche et complexe monde spirituel de notre peuple. Ceci est ce que nous avons voulu montrer. » C'est avec une forte conscience de l'humanité que Cours ardu a été la première exposition photographique en Chine à encourager les discussions sur l'histoire et la société à travers la photographie. L'événement a accéléré le développement de la photographie documentaire en Chine et a inspiré beaucoup de photographes auparavant spécialistes du studio.

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans les années 1990, la photographie documentaire s'est développée rapidement et a même commencé à pousser le développement social dans le pays. La série « Projet Espoir » de Xie Hailong est un bon exemple de ce phénomène. Alors qu’il prenait sans but des photographies artistiques à la campagne, Xie a découvert les conditions médiocres des écoles rurales et a braqué son appareil photo sur les écoliers. Il a fini par passer six ans à prendre des photos d'enfants nécessiteux. Plus tard, la Fondation chinoise pour le développement de la jeunesse (CYDF) a exposé ses œuvres, qui ont suscité un engagement passionné d’individus de tous horizons. Depuis, le Projet Espoir, un programme parrainé par CYDF pour aider les enfants des écoles rurales, a reçu de nombreux dons. Peu de gens avaient entendu parler du programme caritatif avant l'exposition.

 

 

 

 

 

 

Le travail de Xie est particulièrement significatif parce qu'il a brisé le long tabou qui empêchait les photographes de montrer la misère dans le pays. Dès lors, plus de photographies montrant des gens en difficulté ont été publiées et plus de photographes se sont tournés vers de tels sujets. Beaucoup d'excellentes œuvres et photographes documentaires ont émergé dans le sillage de Xie Hailong. Les ramasseurs de blé de Hou Dengke est une œuvre particulièrement remarquable. Le photographe a passé dix ans sur le « projet d'image » portant sur les moissonneurs de blé sur le plateau de Lœss de Chine occidentale, et a capturé les modes saisonniers et traditionnels de la production agricole avec un esprit humanitaire.

 

 

 

 

Le 12 décembre 2003, le Musée du Guangdong à Guangzhou a présenté une grande exposition de photographies documentaires, marquant un point important dans l'histoire de ce style en Chine. Le conservateur a passé plus de six mois à choisir des œuvres, qui ont été acquises de manière permanente par le musée. C'était la première fois qu'un grand volume de photographies était recueilli en une seule fois par un musée, ce qui annonçait l’attitude plus ouverte des galeries traditionnelles à l'égard des médias d'art moderne et mettait en évidence une tendance à l'art de l’image dans l'histoire de l'art contemporain chinois.

 

 

 

 

 

 

Appâtés par les espoirs de renommée et d'argent, certains se déclarant photographes documentaires ont commencé à s’intéresser exclusivement à des sujets religieux et à la culture populaire, en évitant intentionnellement les questions sociales. En réponse à ce phénomène, Li Xianting, le premier conservateur du Centre artistique de Songzhuang, a choisi d’organiser une exposition de photographie intitulée « Entre le ciel et la terre : à travers les yeux du réalisme », dans l'espoir de ramener la photographie documentaire à son objectif initial, celui de témoin et d’enregistrement. L'exposition a profité du grand espace du centre artistique pour magnifier des images humbles assez grandes pour que les spectateurs se tordent le cou pour les voir en entier. Cette exposition a montré la Chine en pleine transformation.

 

 

 

 

 

 

Depuis les années 1990, la Chine a connu des échanges plus intenses avec le monde extérieur. Le grand intérêt de l'Occident pour la photographie documentaire chinoise a poussé certains à photographier des « images chinoises » correspondant aux visions occidentales de la guerre froide et au « centrisme de l'Ouest ». Ces photographes mettaient en relief des images manipulées et accablantes de la Chine pour se faire connaître des agences commerciales occidentales et gagner de l'argent. Cela a eu pour effet d’approfondir la méconnaissance de la Chine dans les pays occidentaux et d’exacerber une pratique post-colonialiste typique.

 

 

 

 

 

 

Depuis l’an 2000, la Chine s’est plus rapidement impliquée dans la mondialisation. En conséquence, son marché artistique a fusionné avec le reste du monde. Animés par le désir de profits, certains photographes documentaires ont tenté la photographie commerciale, car celle-ci donne un accès plus facile au marché. Avec la popularité croissante d’internet, les agences traditionnelles, qui étaient la principale source de revenus de nombreux photographes documentaires, ont connu un déclin qui a conduit de nombreux professionnels à changer de sujet. La photographie documentaire chinoise semblait être en crise. Dans ce contexte, certains ont même cru que la photographie d'art avait pris sa place sous les projecteurs.

 

 

 

 

 

 

La généralisation des smartphones et de l'internet mobile a changé l'industrie traditionnelle, mais en même temps, elle a rendu la photographie accessible à plus de gens. Dans le monde entier, on prend des photos sur son smartphone tous les jours, et beaucoup sont d'excellentes photos documentaires. Ainsi, la photographie documentaire n'est pas en train de mourir, mais seulement en train de perdre son aspect commercial. Elle reste un moyen important de servir la société.

 

 

 

 

 

 

Depuis le tournant du millénaire, la photographie documentaire joue un rôle important dans la promotion du développement social en Chine. L’œuvre de Wang Jiuliang « Beijing assiégée par les déchets » en est un bon exemple. De 2008 à 2009, ce trentenaire a photographié presque tous les sites d'enfouissement et de décharges publiques autour de la capitale en notant les coordonnées GPS. Son travail a créé un effet d'entraînement. Le premier ministre chinois Wen Jiabao a demandé aux gouvernements à tous les échelons de veiller à l'élimination correcte et au tri des ordures. Le gouvernement municipal de Beijing a imprimé un album des photographies de Wang Jiuliang et l'a distribué aux autorités concernées, leur demandant de mieux gérer le problème des déchets. Cela a marqué un autre cas de photographie documentaire inspirant le développement social en Chine.

 

 

 

 

 

 

Dans une nation en pleine mutation, la photographie documentaire est nécessaire. Aujourd’hui, la plupart des photographes chinois reconnaissent sa valeur et son esprit et restent concentrés sur ce sujet.

 

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